Hugo Chavez réélu pour six ans
Hugo Chavez rempile pour six ans et sa "révolution bolivarienne" va pouvoir continuer. Le président vénézuélien, âgé de 58 ans, a été réélu, dimanche 7 octobre, avec 54,42 % des voix. Candidat unique de l'opposition, rassemblée autour de la Table d'unité démocratique (MUD), Henrique Capriles Radonski, a, lui, obtenu 44,97 % des suffrages. Quatre petits candidats se sont partagé le reste.
C'est vers 22 heures que la présidente du Conseil national électoral (CNE), Tibisay Lucena, annonce les résultats officiels, portant sur 90 % des bulletins de vote. Immédiatement, des feux d'artifice illuminent le ciel de Caracas. Les Klaxons se font assourdissants. Sur l'avenue Sabana Grande, des militants chavistes s'embrassent en riant. Ils s'en vont au palais présidentiel acclamer leur "comandante". "La révolution est sauvée, se réjouit Jenny, étudiante en médecine. Sans Hugo Chavez, je n'aurais jamais pu faire des études."
A la télévision, la présidente du CNE félicite le peuple vénézuélien "pour son civisme". Elle remercie l'armée, qui, dans le cadre du "plan Republica", a veillé au bon déroulement du scrutin. Près de 19 millions d'électeurs étaient appelés à voter. Le taux de participation a battu les records, dépassant la barre des 80 %.
L'opposant Henrique Capriles a immédiatement reconnu sa défaite. "Une autre option a eu plus de voix, c'est la règle de la démocratie, La parole du peuple est sacrée. Jamais je n'ai pensé faire autre chose que la respecter", a déclaré le candidat. Depuis des semaines, les deux camps se soupçonnaient de préparer un coup de force en cas de résultat défavorable.
UNE DÉMONSTRATION DE CIVISME
M. Capriles a remercié les 6 millions de Vénézuéliens qui ont voté pour lui, en leur demandant de ne se sentir ni "seuls" ni "vaincus". "C'est moi qui ai perdu. Vous, le peuple, vous avez ouvert un chemin, ne perdez pas l'espoir", a-t-il affirmé. A 40 ans, Henrique Capriles a été député, maire et gouverneur. C'est la première fois qu'il perd une élection. Tout au long de la campagne électorale, il n'a cessé de prêcher la réconciliation. "Les 7 millions de Vénézuéliens qui n'ont pas voté pour moi peuvent aussi compter sur moi", a-t-il insisté.
Hugo Chavez s'est alors exprimé du balcon du palais présidentiel devant une foule rouge – la couleur de la "révolution bolivarienne" – en liesse. "C'est une victoire pour le peuple du Venezuela et pour toute l'Amérique latine", a assuré le chef de l'Etat.
M. Chavez a félicité son rival et les dirigeants de l'opposition. "Un mot pour exprimer ma reconnaissance à tous ceux qui ont voté contre moi, pour leur attitude démocratique et la démonstration de civisme qu'ils ont donnée". Et d'inviter ses opposants "au dialogue, au débat et au travail conjoint pour la République bolivarienne".
L'ouverture a été mince. Le président, qui a promis, au cours de la campagne électorale, d'approfondir le socialisme, n'a guère donné d'indication sur la nouvelle étape qui s'amorce. Il a juste promis d'être tous les jours "un meilleur président".
Atteint en 2011 d'un cancer dont il se dit guéri, Hugo Chavez a demandé à Dieu "santé et vie" pour continuer à servir son pays. Au cours des derniers jours de campagne, le président avait évoqué à plusieurs reprises les erreurs commises par son gouvernement et promis "plus d'efficacité".
"RIEN NE DIT DANS SON DISCOURS QUE CELA VA CHANGER"
"Jamais le président Chavez n'a prétendu être le président de tous les Vénézuéliens. Jamais il n'a traité les opposants en citoyens à part entière. Et rien ne dit dans son discours que cela va changer", soupire Nicolas Rojas, professeur de droit, au siège de la MUD. Un de ses voisins s'interroge : "Hugo Chavez va-t-il continuer à gouverner contre 45 % des électeurs du pays ?"
Remarquable après plus de treize ans au pouvoir, la victoire du président Chavez est moins totale qu'il n'y paraît. Le président, qui avait été réélu avec 62,84 % des voix en 2006, s'était en effet fixé pour objectif d'atteindre 10 millions de voix. Il n'en a obtenu que 7,4 millions, soit presque le même nombre qu'il y a six ans. En revanche, l'opposant Henrique Capriles progresse de 2 millions de voix par rapport à son prédécesseur, Manuel Rosales, qui, en 2006, avait obtenu 36,9 % des suffrages (soit neuf points de moins que M. Capriles).
Le scrutin s'est déroulé dans le calme. A Caracas, le soleil et une inhabituelle concorde étaient de la partie. Une fois n'est pas coutume, chavistes et opposants semblaient d'accord : tous se félicitaient de "la fête de la démocratie", tous convaincus de la victoire de leur candidat.
"Hugo Chavez ne peut pas perdre", expliquait dans la matinée Aydée Venner, 50 ans, vendeuse et militante du Parti socialiste unifié du Venezuela, la formation présidentielle. Elle vote à Petare, un quartier populaire de l'est de Caracas, aux rues sales et animées. "Chavez est le meilleur président qu'ait connu notre pays, le seul qui nous respecte. Nous les pauvres ne sommes plus pauvres, nous sommes devenus une classe digne, informée, cultivée", explique Aydée.
DONNÉ GAGNANT DEPUIS DES MOIS
A trois stations de métro de là, sur une avenue ombragée du quartier élégant de Los Palos Altos, Isabel Nieto se disait tout aussi sûre de la victoire de M. Capriles : "Chavez a fait des choses bien pour les défavorisés. Mais le pays est au bord de la ruine. L'insécurité et la corruption sont devenues intolérables. Les infrastructures sont en lambeaux."
Les sondages donnaient M. Chavez gagnant depuis des mois. En annonçant depuis dix jours un coude à coude, la presse a fait croire aux partisans de M. Capriles que la victoire était possible. "Chavez, qui, grâce à l'argent du pétrole, offre au peuple des maisons tout équipées, avec frigo, cuisinière et télévision, avait trop d'atouts en main", soupire un militant du MUD.
De l'avis des analystes, l'instauration, au cours des douze derniers mois, d'un nouveau programme social, la "grande mission logement", a contribué au regain de popularité du président. Des milliers de logements ont été mis en chantier.
Pour la première fois, le vote avait été entièrement automatisé. Les 13 800 bureaux de vote du pays ont été dotés de machines à voter. Très contestées quand elles ont été introduites en 2004, les machines ont fait leurs preuves. Dans ce pays extrêmement polarisé, le Conseil national électoral a réussi à s'imposer comme un arbitre crédible.
Source: le Monde